Lettre ouverte à Mike Ward

Salut Mike,

On ne se connaît pas encore, mais je tiens à t’écrire. Ma carrière de show-man débute à peine et je trouve que j’en ai déjà beaucoup sur mon assiette. Parfois je ne sais plus où mettre la tête ni sur quel pied danser. Je ne peux m’imaginer comment tu vas en ce moment, mais je présume : pas bien.

Je tiens à te dire que je suis avec toi à 110%. J’ai toujours ri à tes blagues, non pas parce que ton humour est dark ou parce que tu tiens des propos vulgaires, mais parce que tu trouves toujours une manière de m’impressionner avec ton audace ainsi que tes talents d’auteur et de show-man.

Je souhaite que tu gagnes ta cause afin d’envoyer un message clair aux gens qui te supportent, mais aussi à ceux qui t’apprécient moins : outre l’importance de la liberté d’expression, il faut continuer de développer son sens critique, il faut continuer de s’informer, d’observer ce qui se passe dans notre entourage et surtout oser dénoncer les ironies de la vie. Il faut surtout savoir en rire et partager ce rire à travers différents moyens, que ce soit par la caricature, les arts visuels, la littérature, la radio, la télévision, le cinéma, la danse et, bien sûr, les spectacles d’humour.

Je suis convaincu que tu respectes ton auditoire et les gens dont tu te moques dans tes sketchs. Je sais aussi que tu crois que ton auditoire est capable de faire sa part des choses. C’est-à-dire, de te rejoindre au milieu quand vient le temps de comprendre tes blagues, sans quoi tes salles seraient vides, ce qui n’est pas le cas.

Ceci dit, il n’y a que deux résultats possibles suite aux plaidoiries. Bien sûr, je souhaite que tu gagnes. Beaucoup d’entre nous le souhaitent. Si c’est le cas, j’espère que tu pourras continuer ton travail d’humoriste sans distraction. Qui sait, peut-être que cet épisode t’inspirera de nouvelles blagues?

Si, malheureusement, tu perdais ta cause, je ne m’inquièterais pas pour toi. Tu as le talent de danser dans un champ de mines sans te faire sauter une jambe; c’est d’ailleurs ce que tu fais depuis le début de ta carrière et c’est comme ça que tu en es devenu l’humoriste qu’on aime et qu’on admire.

Certaines personnes ont juste hâte de te voir poser le pied sur une mine. À défaut d’attendre, ils essayent de te l’arracher par d’autres moyens… Mais c’est ça, la vie. C’est ça, notre métier. Parfois, on essaye de nous arracher une jambe et même s’ils y parviennent, notre travail c’est de continuer à danser. Sans quoi, on sombrerait dans la dépression.

Je souhaite de tout mon coeur, peu importe la décision rendue par la cour, que tu continueras de danser et que tu continueras d’écrire et de donner des spectacles. Dommage que l’intelligence ne soit pas aussi contagieuse que le rire. On serait assis en train de t’écouter à nous faire rire, au lieu d’être assis au Palais de justice à écouter des plaidoiries ennuyeuses.

Ton fan,

Jean-François Plante-Tan
Le gentleman perdu

Photo: Peter Ryaux-Larsen
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