Tourne à gauche à Petit De Grat

Quand j’ai fais mon «Pèlerinage dans les Maritimes» lors des dernières deux semaines du mois de juillet, c’était pour rencontrer les gens et avoir leur opinion du gentleman. Mon équipe et moi avions compilé un total de 85 réponses. De retour à Montréal, j’avais du pain sur la planche. Mais je n’étais pas capable de me concentrer. Je m’ennuyais trop des Maritimes. Surtout que les deux jours de surf en Nouvelle-Écosse n’étaient pas suffisants. Je voulais y retourner.

Mon prochain contrat ne commençait qu’à la fin septembre. J’avais donc deux mois à « ne rien faire» à Montréal. Pourquoi ne pas retourner dans les Maritimes et rendre l’utile à l’agréable? Faire l’analyse des résultats au bord de la plage. L’horaire était idéal: surf le matin et analyse l’après-midi. Je suis donc reparti à la mi-août pour un voyage de surf d’un mois en Nouvelle-Écosse. Prochaine destination: Lawrencetown Beach.

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Photo : Jean-François Plante-Tan

 

J’ai commencé mon périple de surf dans la région de Lawrencetown Beach. Les vagues n’étaient pas au rendez-vous. Ça m’inquiétait un peu. Le manque de surf ne m’inspirait pas à analyser les résultats. C’est alors que j’ai rencontré une Australienne qui traversait le Canada en motocyclette. Elle se dirigeait vers Terre-Neuve. J’ai pris ça comme un signe qu’il était temps que je bouge. Peut-être y avait-il de meilleures conditions de surf ailleurs? J’ai donc plié bagage pour me rendre à Point Michaud, dans la région de Cape Breton.

Avant de prendre la route, j’ai envoyé des messages à des membres de la communauté Couch Surfing. Les Couchsurfers, ce sont des voyageurs qui s’entraident en offrant gratuitement une place à dormir à d’autres voyageurs. J’ai reçu un message d’un certain Kenneth. Il disait que je pouvais prendre une des deux chambres de libre dans sa maison pour que je puisse avoir un pied à terre et explorer la région. Hourah! De plus, il spécifiait qu’il habitait près de Point-Michaud. Double Hourah!

Sur Google, son adresse indiquait qu’il habitait sur une petite île acadienne, Petit De Grat. Pour s’y rendre, il faut travers une autre île, Isle Madame. Toujours selon Google, il habitait à 45 minutes de Point Michaud. En effet, 45 minutes ce n’est pas ce que je définirais comme étant « près ». Mais ce n’était pas grave, puisque mes priorités avaient changé. J’étais simplement soulagé de dormir sous un toit, à l’abri du froid et du vent.

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Photo : Jean-François Plante-Tan

 

Une semaine après mon arrivée sur Isle Madame, je me suis blessé au cou. Un peu comme un torticolis des deux côtés du cou. J’avais juste trop joué dans les vagues et je ne m’étais pas étiré après. Banal, je sais. Quelques jours plus tard, mon cou ne s’était pas suffisamment amélioré pour me permettre de retourner surfer. Les risques d’empirer ma situation étaient élevées. Avec quelques jours à faire avant mon retour, j’ai dû renoncer au surf pour le reste de mon voyage.

Un matin, après mon café et mes étirements, je me suis dit qu’une marche le long de la mer me ferait du bien avant de poursuivre l’analyse des résultats du sondage. D’habitude, je longe la mer, je tourne à droite au croisement du chemin et je reviens en faisant le tour de l’ancien terrain de baseball. Ce matin là, pour une raison quelconque, j’ai décidé de tourner à gauche. C’est comme ça, sans le savoir, que ma marche matinale d’une durée moyenne de 20 minutes a viré en une randonnée de plus de 3 heures autour de l’île Petit De Grat.

Je ne sais pas qu’est-ce qui m’a poussé à continuer de marcher, mais j’en avais besoin. Une voix intérieure m’avertissait que ce n’était pas la meilleure idée. En effet, je n’avais rien avec moi. Pas d’eau, pas de collation, pas les bons souliers, pas de crème solaire, pas de carte géographique ou de téléphone en cas d’urgence. J’avais juste mon manteau et mes lunettes de soleil.

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Photo : Jean-François Plante-Tan

 

J’étais encore plus dépaysé qu’à mon arrivée. Le paysage était magnifique. J’ai longé des falaises, des plages de sables, de roches et de pierres. Il y avait des carapaces de crabes et d’homard déchus. Des tas d’algues emporter par la tempête de la veille. Il y avait l’occasionnelle apparition de trace d’humain comme des bouteilles d’eau, de la corde de bateau et même des remorques en métal rouillé.

Ce n’était pas une marche tranquille le long d’une plage de sable comme on voit dans les films. Au contraire, je me sentais dans une course de Ironman à force de sauter d’un rocher à un autre. Je me suis presque foulé la cheville quelques fois. Mon genou droit commençait à se fatiguer. J’avais encore mal au cou de ma blessure. J’avais vraiment soif et de plus en plus faim. Mais je n’avais aucune envie d’arrêter. Je voulais continuer et voir ce que le tournant de la prochaine pointe me réservait.

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Photo : Jean-François Plante-Tan

 

Quelques fois, je voyais des maisons à quelques minutes de marche. J’y avais pensé plusieurs fois d’aller les voir pour savoir où j’étais et pour avoir un verre d’eau. Mais je n’y allais pas. C’est comme si faire un arrêt pour demander de l’aide était une forme de faiblesse, d’abandon. Une voix me disait qu’une pause me ferait du bien, mais une autre disait le contraire. L’autre voix me lançait un défi de dépasser mes limites. De croire en moi et mes moyens. J’ai donc accepté le défi: je me servirai un verre d’eau chez moi, quand j’aurai complété le tour de l’île. Je ne savais pas qu’il restait 2 heures à ma randonnée.

Est-ce que j’avais raison de continuer sans demander d’aide? Honnêtement, ça m’aurait juste permis rencontrer du monde et être moins pressé de rentrer chez moi. De toute manière, je n’avais personne à impressionner, alors pourquoi me lancer un tel défi? Car la voix qui me disait de m’arrêter était celle de la peur et non celle du courage.

Je ne voulais pas succomber à cette peur. Si, au contraire, la voix était enthousiaste à l’idée de rencontrer des nouvelles personnes, j’aurais sûrement accepté! Mais je ne voulais pas rencontrer de nouvelles personnes, je voulais faire le tour de l’île. J’avais donc décidé d’écouter la voix qui m’encourageait de continuer en faisait fi de mes craintes.

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Photo : Jean-François Plante-Tan

 

Rendu chez moi, verre d’eau à la main, je contemplais la mer, satisfait d’avoir relevé le défi. Cette randonnée improvisée de plus de 3 heures m’avait permis de faire face à un défi spontané et de dépasser mes limites. Le paysage m’avait rappelé que c’était ça, la vie.

La vie est une suite de défis spontanés. Certes, je ne peux pas tous les relever. Par contre, quand je suis trop complaisant, quand je prends les chemins battus, je cesse d’en relever. Et même quand j’en sors, les nouveaux finissent par le devenir. Étrange, n’est-ce pas?

Mais dorénavant, quand je réaliserai que je retourne dans un cycle de complaisance, je me souviendrai de la fois où j’ai tourné à gauche à Petit de Grat. J’écouterai cette petite voix à l’intérieur qui me dit sortir de ce cycle, de marcher vers l’inconnu et de dépasser mes limites.

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Photo : Margaux Boyer
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